Accueil Date de création : 23/03/08 Dernière mise à jour : 04/06/08 10:16 / 15 articles publiés

Tibet: crimes contre l'humanité instruits en Espagne.  posté le mardi 20 mai 2008 08:02

Plainte pour génocide: trois moines tibétains entendus par un juge espagnol
AFP 19.05.08 | 15h13

 Trois moines tibétains ont été entendus comme témoins lundi en Espagne par un juge instruisant une plainte pour génocide contre le peuple tibétain, visant notamment l'ancien président Jiang Zemin et l'ex-Premier ministre chinois Li Peng, a rapporté une correspondante de l'AFP.

Le juge madrilène Ismael Moreno a entendu pour la première fois Palden Gyatso, Janpel Monlam et Bhagdro, trois moines exilés qui ont tous effectué des peines de prison en Chine pour "activités contre-révolutionnaires" au Tibet.

Le magistrat de l'Audience nationale instruit depuis juin 2006 une plainte pour "génocide, crimes contre l'humanité, torture et terrorisme contre le peuple tibétain", déposée par une ONG, Comité de soutien au Tibet (Cat), et la Fondation Maison du Tibet, dirigée par le moine exilé Thubten Wangchen.

Outre Jiang Zemin et Li Peng, cette plainte vise cinq présumés responsables chinois de la répression au Tibet dans les années 1980-90.

La justice espagnole a accepté d'instruire cette plainte en raison de la compétence universelle qu'elle s'est reconnue en 2005 en matière de génocide et de crimes contre l'Humanité, au motif que "le principe de juridiction universelle prime sur l'existence ou non d'intérêts nationaux".

Les trois moines se sont déclarés satisfaits à la sortie de leur audition, expliquant aux journalistes avoir pu décrire les "souffrances des Tibétains" et les vexations et tortures dont ils affirment avoir été victimes pendant leur détention.

"Le Tibet est soumis à la dictature de la Chine", a dénoncé Thubten Wangchen qui accompagnait les trois moines à leur audition.

"Notre souhait est que s'instaure un dialogue entre le dalaï lama et (le président chinois) Hu Jintao, a-t-il ajouté, appelant l'ONU à "ne pas se taire" face à la répression chinoise au Tibet.

L'avocat des trois moines tibétains s'est plaint pour sa part que le juge n'ait pas laissé ses clients s'exprimer sur tous les sujets qu'ils souhaitaient aborder. Il a annoncé qu'il réclamerait une nouvelle audition.

Depuis le début de son instruction, le juge de l'Audience nationale a envoyé des commissions rogatoires à Londres et au Canada pour interroger des victimes et témoins des faits dénoncés par la plainte.

L'Audience nationale a reconnu le 12 mai dernier n'avoir pas les "moyens suffisants" pour enquêter sur les génocides et crimes contre l'humanité commis dans d'autres pays quand il n'y avait pas de victimes espagnoles.

Ce tribunal instruit actuellement plusieurs affaires pour "génocide", notamment au Guatemala, en Argentine, au Rwanda.

Source : Le Monde

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Comment la Chine impressionne l'Occident.  posté le jeudi 08 mai 2008 08:46

Libre Opinion  à 08h33 le 8 mai 2008.

Le magazine Le Point titre à ce sujet : "L'Everest, ou comment la Chine veut impressionner l'Occident". Ma réaction: La Chine impressionne effectivement l’Occident par les sommets himalayens auxquels sont parvenues les violations des droits l’homme dont elle s’est rendu coupable; l’invasion, l’occupation et la colonisation du Tibet où s’élève l’Everest ; la répression et l’oppression qu’elle a imposées aux peuples voisins comme les Mongols, les Ouïghours et les Tibétains qu’elle a absorbés par la force armée ; la dictature sanguinaire et le totalitarisme qu’elle impose à son propre peuple qu’elle a massacré durant le Grand Bond En Avant des années 1950 et la Révolution culturelle des années 1960-70.
Pour porter la flamme olympique de la honte sur le Toit du Monde, la Chine a chassé les touristes et les journalistes de la région, acheté le Népal et donner ordre de tirer sur d’éventuels manifestants.
Tout ce cinéma n’est que propagande arrogante et poudre aux yeux.
Si la Chine veut impressionner favorablement l’Occident, qu’elle invite le dalaï-lama aux J.O., qu’elle permette au prix Nobel de la Paix de se rendre auprès de son peuple accompagné de journalistes et qu’elle complaise aux Résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies sur le droit à l’autodétermination du Tibet. Rendez-vous samedi 10 mai à 14:30 Place Denfert-Rochereau à Paris pour la manifestation en faveur du Tibet libre et contre l'occupation et la colonisation chinoise.
Rangzen avec Libre Opinion.
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Que Pékin prouvre sa "sincérité" !  posté le mercredi 07 mai 2008 17:24

Il est formidablement scandaleux d’entendre les autocrates de Pékin réclamer la sincérité du hiérarque tibétain, prix Nobel de la Paix. Et la « sincérité » des Communistes chinois quelle est-elle? Notamment dans les « actions » ….

Le dalaï-lama a entièrement démontré sa sincérité en se prononçant en faveur des J.O. à Pékin et en s’opposant au boycottage ; le chef spirituel et temporel des Tibétains s’est prononcé contre la violence au Tibet et a menacé de démissionner si les violences se poursuivaient. Finalement, le grand homme s’est abstenu de poser de quelconques conditions à la reprise du dialogue . De son côté, la Chine n’a cessé d’attaquer outrageusement le saint homme en se livrant à un véritable lynchage médiatique tout en faisant circuler une propagande nauséabonde sur le « dalaï » et sa « clique ».

Dès lors, c’est bien plus à Pékin de démontrer sa sincérité, et dans les actes, en cessant sa propagande indigne et en invitant le dalaï-lama aux J.O.; puis en lui ouvrant les portes de Lhassa et du Tibet accompagné de journalistes chinois et étrangers.

Les J.O. sont le temps de la trêve.

Que la Chine montre quelle sait respecter l’idéal olympique, à défaut de savoir respecter les résolutions de l’Assemblée générale des nations unies sur le droit à l’autodétermination des Tibétains, le droit du peuple tibétain à disposer de lui-même.

Et si la Chine ne change pas son fusil d’épaule, pourquoi ne pas lui retirer son siège de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU et le confier à l’Inde ?

Rangzen avec Libre Opinion.


A l'origine publié en commentaire sur Le Point  le 06/05/2008 à 11:14 à l'article: Pour Pékin, le dialogue avec le dalaï-lama dépendra de sa "sincérité"

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Tibet - Chine - France : Free Corsica !  posté le lundi 21 avril 2008 12:55

 Lettre ouverte à mes amis chinois.

 

« Jeanne d’Arc, prostituée ! Napoléon, pervers ! France, nazi ! Free Corsica ». Dans la presse française, on ne voit que ça, ce cliché où, à Wu Han, vous vous livrâtes, mes amis chinois, à la diatribe anti-française. Et aux quatre coins de la Chine, vos manifestations furent « les premières dirigées spécifiquement contre la France depuis l'établissement des relations diplomatiques en 1964 » à lire Le Parisien ce matin.

A Paris, sur notre Place de la République, des milliers d’entre vous, ont, ce dernier week-end, protesté de la bonne foi de leur pays, désormais 4ème puissance économique mondiale: « Oui, la Chine mérite les J.O. » C’est vrai, je vous le concède. Et c’est vrai, encore : « Que les J.O. soient un pont pas un mur » comme il pouvait se lire sur vos beaux T-shirts tout neufs.

 Croyez bien que je suis heureux de vous voir manifester contre la France (mais pourquoi n’en faîtes-vous pas autant contre le Royaume uni et l’Allemagne qui vous boycottent la cérémonie d‘ouverture des J.O. ?) qui, dit-on, serait le pays des droits de l’homme. Quelle idée ! Mais pour une fois que vous avez le droit de manifester, chers amis chinois, pourquoi ne pas en profiter ? Eussiez-vous clamer publiquement chez vous « Non aux J.O., Oui aux droits de l’homme ! » que votre Chine bien-aimée vous eût condamné à 3 ans et demi de privation de liberté pour « subversion » et jetés illico presto dans un cul-de-basse-fosse.

 Voyez-vous, chers amis chinois, je voudrais lever un malentendu, les manifestations à Paris, lors du passage de la Torche olympique de la Honte, n’étaient pas anti-chinoises comme la presse a eu tôt fait de le crier abusivement sur les toits. Les protestations parisiennes avaient pour objet le respect des droits de l’homme tels que les canons de l’Organisation des Nations unies les définissent à l’attention de toute la Communauté internationale. C’est certes très abstrait, mais ces droits ont une valeur universelle depuis la Déclaration de 1948 concoctée avec le concours du Français René Cassin. Et la Chine est présente aux Nations unies depuis ses tout premiers débuts à Washington D.C. en 1944. La Chine est donc au courant , je crois.

 Par le passé, dans les années 1960, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté plusieurs résolutions successives pour reconnaître le droit à l’autodétermination du Tibet en vertu du principe sacro-saint qui veut que les peuples aient le droit à disposer d’eux-mêmes. Pourquoi la Chine n’en a-t-elle tenu aucun compte ?

 En 1962, l’Algérie, partie intégrante du territoire de la France, obtenait son indépendance. Pourquoi pas le Tibet ? C’est la question, chers amis chinois, que nous nous posons, nous les descendants de la « prostituée » Jeanne d’Arc, sauf bien entendu Jean-Luc Mélenchon et autres maoïstes partisans de la famine du Grand Bond En Avant des années 1950 comme du génocide culturel des années 1960 perpétré de triste mémoire tant au Tibet qu’en Chine par les Gardes rouges de Mao.

 Aujourd’hui, le régime de Pékin est, depuis 1971, membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU: est-il concevable que la Chine puisse en cette qualité continuer à faire fi du canon des droits dits humains et des résolutions de l’Assemblé générale onusienne ?

 Vous faîtes, chers amis chinois, choqués de voir à Paris votre Jin Jing, athlète handicapée, quelque peu bousculée sur son fauteuil roulant, par une contestataire non-identifié (peut-être bien un provocateur, allez savoir). Je comprends. Nous fûmes choqués, de notre côté, par votre police en bleu, omniprésente sauf pour protéger votre Jin Jing - comme c’est dommage, avouez-le -, et pourtant prompte à importuner notre David Douillet national qui ressorti de là tout traumatisé.

 Sachez, chers amis chinois, que nous avons été aussi choqués de voir, ce même jour de Torche de la Honte, un cadreur d’une chaîne de télévision publique française interdit de filmer les manifestations sur intervention directe de votre police chinoise qui, à nos yeux peut-être débiles (aurions-nous besoin d’une bonne campagne de rééducation idéologique avec séjour organisé au goulag chinois?) n’avait rien à faire sur notre territoire, libre et indépendant. Nous avons été choqués aussi de voir que notre police, aiguillonnée par la vôtre tabassait, un autre cadreur au point qu’il perdit connaissance.

 Est-ce que nous vous en voulons pour autant, chers amis chinois ? Non. Car nous ne sommes pas anti-chinois. Nous voulons boycotter les J.O., voire boycotter les produits chinois ? Cela n’est pas dirigé contre vous, mais contre le fait que vous ne disposez pas des mêmes droits et libertés dont nous disposons, liberté d’expression, liberté d’opinion, liberté de manifestation (sauf contre la France, comme il se doit, n‘est-ce pas?), liberté syndicale, droit de grève, etcetera. Et nous voulons, chers amis chinois, que vous ayez désormais plein accès à tous ces droits et libertés dont nous jouissons. N’est-ce point aimable de notre part ?

 Maintenant, chers amis chinois, nous vous reconnaissons le droit patriotique de boycotter nos magasins Carrefour chez vous, vous êtes bienvenus: les employés, les produits et les clients sont Chinois ! Nous, à part des Frères Tang à Paris XIIIè, mais nos amis proviennent de l’ancienne indo-chine française, nous n’avons pas encore de grande surface chinoise à boycotter !

 Nous, nous sommes pour la liberté et l’indépendance du Tibet ; vous, vous êtes, juste retour des choses, pour la liberté et l’ indépendance de la Corse. C’est parfait ! Nous avons dès lors matière à échanger. Ne dressons point de murs, jetons des ponts.

 En 754, Charlemagne, roi des Lombards, cède la Corse au Pape. En 1077, Grégoire VII confie l’administration de l’île de Beauté à l’évêque de Pise. En 1284, la Corse devient la propriété de Gênes. En 1730, la Corse déclare une première fois son indépendance. En 1735, une seconde fois. En 1768, Gênes cède la Corse à la France. 1789, l'Assemblée nationale décrète que « la Corse fait partie de l'Empire français ». 1858: en Corse, la langue officielle devient le français. En 1942, la Corse, durant l’Occupation allemande, est rattachée à l’Italie. Et le 8 octobre 1943, le Général de Gaulle à Ajaccio proclame « La Corse, premier morceau libéré de la France ».

En tout et pour tout, la Corse a été indépendante de 1735 et 1769. Et, avec vous, chers amis chinois, je clame: « Vive la Corse indépendante !». je vous invite à venir avec moi brandir bien haut le drapeau de l’île de Beauté sur les Champs-élysées parisiens. Venez nombreux, mille voire dix mille, avec pancartes et mégaphones réclamer l’indépendance de la Corse, traiter Jeanne d’Arc de prostituée, Napoléon de pervers. Pétain ayant serré la main à Hitler, vous pourrez traiter la France de nazie. Profitez-en pour maculer le drapeau français de croix gammées sous les fenêtres de Jean-Marie Le Pen en lui remémorant les exploits de tortionnaire en Algérie française que lui prêtent ses détracteurs.

Imaginez maintenant un Tibétain ou un Chinois, comme votre valeureux Wei Jingsheng, invitant un petit Français à brandir le drapeau tibétain sur la Place Tienanmen Pékin. Aurions-nous seulement le temps de crier « Vive le Tibet libre et indépendant ? » Et à quelles sanctions le Tibétain ou le Chinois s’exposeraient-ils ? Wei Jingsheng, contestataire devant Teng Xiao-ping de la « suzeraineté » de la Chine sur le Tibet, a passé 18 ans dans les geôles de sa « mère-patrie ». Ah, oui, quelle amère patrie !

 En France, chers amis chinois, les Corses ont le droit de brandir la drapeau corse; les Bretons, le drapeau breton ; les Basques, le drapeau basque. Chacun a le droit de militer (pacifiquement) pour l’indépendance de sa province ou de son île. Corses, Bretons et Basques, indépendantistes ou non, trouvent pleinement leur place dans l’administration de la France depuis de siècles. On a même vu, un petit Corse (pervers, dîtes-vous) devenir Empereur et réformer les institutions françaises tout en voulant mettre l’Europe à ses pieds.

 Combien de Tibétains participent-ils à l’administration de la Chine en Chine, leur « mère-patrie » ? Et, tenez, combien de Chinois ont-ils jamais participé avant 1950 à l’administration de ce Tibet qui « appartient » à la Chine depuis quelque 700 ans vos dirigeants disent-ils ?

 Venez voir le sort réservé  à nos minorités nationales tant chez elles qu’en le reste de la France, chers amis chinois, puis comparez librement avec le sort réservé aux Tibétains au Tibet et en Chine.

 Peut-être consentirez-vous alors à nous accueillir à notre tour au Tibet et en Chine pour y constater par nous-mêmes la place qu’y occupent réellement nos amis Tibétains dont le grand défaut reste et restera de se considérer comme essentiellement Tibétains et pas du tout Chinois ! Pour l’heure, les portes du Toit du monde restent fermées à nos yeux trop envieux de vérité.

 Or, les portes de la Corse, de la Bretagne et du Pays basque vous sont, chez nous, grandes ouvertes. Bienvenus en France parmi ses minorités nationales, chers amis chinois.

 Un dernier mot. Sur MSN LIVE, j’ai vu fleurir la campagne « LOVE CHINA » avec ses cœurs, tout gonflés d’un rouge si patriotique et suivis de la mention CHINA, qui précèdent les adresses des correspondants sur la messagerie en ligne. J’en ai vu 5, 10, 20, 30 s’afficher parmi mes correspondants chinois. Alors, j’ai modestement ajouter le mien avec les deux caractères 中国  (Chine, en chinois). J’ai reçu des messages de félicitations et de remerciements de mes amis chinois.

 Vous voyez, chers amis chinois, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Français et Chinois, nous nous aimons bien.

 Vous méritez bien évidemment ces Jeux olympiques que vous préparez avec tant de diligence, tout comme la Corse, fière et combattante face à l’envahissement des gens du continent, mérite son indépendance, - à moins que l’Italie ou Rome n’en réclament la « propriété » estampillée au nom du Pape, de Pise ou de Gênes, voire de l’occupation nazie …..

 Alors, chers amis chinois, braillons ensemble d’une même voix enjouée « Forza Corsica ! » Et vive le Tibet libre et indépendant ! Ou, comme on dit en chinois: 西藏自由独立万岁! 

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"Le Tibet" par Claude B. Levenson, Que Sais-je ? PUF.  posté le lundi 14 avril 2008 10:39

« Le Tibet » Que Sais-je? », Puf, sorti en librairie le 11 avril 2008.

 

Voici un petit ouvrage fourmillant d’informations qui tombe à point pour répondre à l’honorable parlementaire maoïste Jean-Luc Mélanchon sur la question du Tibet.

 

La question essentielle qui se pose aujourd’hui sur le Tibet peut se résumer à la suivante : lorsqu’en 1950 l’Armée rouge de Mao envahit le toit du monde pour le libérer, disait-on, des « impérialistes », le Tibet était-il, oui ou non, un État libre et indépendant ?

 

Tout est là. Et, spécialiste confirmée du Tibet, l’auteur Claude B. Levenson apporte dans son petit « Que sais-je ? » n°3038, 126 pages et 8 euros, de précieux éléments de réponse tombant à pic pour clouer le bec aux partisans du régime de Pékin et de son « boucher de Lhassa », Hu Jintao.

 

Qu’on en juge.

 

« Le Tibet alignait toutes les caractéristiques communément admises par les normes internationales d’un État-nation indépendant: un territoire, un peuple, une langue, une culture, une administration, un service de communications intérieures, un drapeau, une petite armée, des relations avec ses voisins immédiats, sans oublier qu’il battait monnaie », relève l’amie du dalaï-lama.

 

C’est un fait. L’on ne répétera jamais assez, et Claude B. Levenson le sait ô combien, qu’en 1912 le XIIIè dalaï-lama proclame officiellement l’indépendance du Tibet « par le traité d’Ourga avec la Mongolie ». C’est un autre fait. Un fait confirmé « l’année suivante publiquement à Lhassa à l’occasion des cérémonies de la Grande Prière », le Meunlam qui marque le nouvel an tibétain.

 

En 1950, le Tibet est donc officiellement indépendant depuis 1912.

 

Preuve supplémentaire de l’indépendance du Tibet, en 1949 les Chinois résidant sur place sont « reconduits sous escorte à la frontière ». Pour quelle raison ? « Parce qu’étrangers, chinois en l’occurrence » et donc « indésirables à Lhassa ».

 

Preuve encore, six ans auparavant les Etats-Unis demandent au Tibet l’autorisation d’acheminer par son territoire des convois d’armes « aux troupes nationalistes de Tchiang Kai-sheck », le généralissime chinois, à la fois ennemi juré et allié de circonstance du futur président Mao. Et alors que la Chine est ouvertement engagée auprès des Alliés contre les Puissances de l’Axe, le Tibet entendra rester neutre.

 

Le 7 novembre 1950, le gouvernement tibétain, face à l’agression de l’armée chinoise, lance « un appel au secrétaire général des Nations unies ». Mais « Hormis les protestations platoniques outrées, aucune démocratie n’a bougé ». C’est que l’Inde assurait qu’une « solution à l’amiable pouvait être trouvée hors de l’institution ».

 

Au Tibet, le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » qu’il incombait à « l’ONU nouvelle née » de faire respecter passe dès lors à la trappe.

 

Claude B. Levenson de noter avec fort à-propos : « A contre-courant de l’évolution historique dans le monde au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Tibet se retrouve en voie de colonisation alors que les pays d’Asie et d’Afrique se libèrent du carcan colonial pour accéder à l’indépendance et à la souveraineté nationale. »

 

C’est que les diplomates ont une fâcheuse tendance à se retrancher derrière le « fait accompli ». Un fait accompli qui résonne comme un « écho des luttes d’influences du Grand Jeu de la fin du XIXè siècle et du début du XXè, quand les grandes puissances du monde se taillaient des fiefs en territoire chinois ».

 

Qu’est-ce à dire ?

 

« Il importe de rappeler qu’après l’expédition britannique de Younghusband au Tibet en 1904, les émissaires de Sa Gracieuse Majesté britannique avaient signé en 1906 avec les plénipotentiaires du Fils du Ciel à Pékin, puis en 1907 avec les représentants du Tsar de toutes les Russies à St Petersbourg des accords bilatéraux concernant le Thibet sans en référer aux principaux intéressés qui n’avaient guère apprécié; Une politique éminemment coloniale dont les effets à retardement se ressentent encore aujourd’hui. »

 

Seuls ces accords bi-latéraux reconnaissaient la pseudo suzeraineté  de la Chine sur le Tibet.

 

Une entourloupe à laquelle le XIIIè dalaï-lama pensait avoir mis fin par la suite en forgeant le drapeau national tibétain et en proclamant l’indépendance de son pays. En 1914, la Convention de Simla reconnaît officiellement la frontière entre l’Inde et le Tibet. C’est la fameuse « ligne Mac Mahon » du nom du négociateur britannique. La Chine se tient à l’écart de cette convention, nouvelle preuve de l’indépendance du Tibet.

 

Pourtant, en 1933, mais bientôt deux décades ont passé, le même Thubten Gyatso, alias « Grand Treizième », prédit, face à la montée du maoïsme en Chine, que « Sous peu, les communistes seront à nos portes » Et de conclure, prophétique, dans son testament, « Nous deviendrons les esclaves de nos envahisseurs ».

 

C’est encore là un fait. Même « catégoriquement opposés au colonialisme et à l’esclavage sous toutes leurs formes » comme l’affirmait non sans un aplomb particulièrement cynique, le président Hu Jintao à l’Université de Pretoria en février 2007, les Communistes chinois vont à partir de 1950 procéder à une « colonisation, ou usurpation des terres au détriment des autochtones pour le seul bénéfice du colonisateur ».

 

Claude B. Levenson de préciser qu’ en Mongolie intérieure, « sur environ 24 millions d’habitants » et bien il y a « 19 millions de Hans et 4 de Mongols; au XinJiang, 8 millions de Ouïghours sur 23 millions d’habitants et dans les régions anciennement mandchoues, sur 39 millions d’habitants seuls dans quelques villages les vieux parlent encore le mandchou ».

 

Aujourd’hui, il y a peut-être bien 3 à 4 fois plus de Chinois que de Tibétains. Le Tibet vit une « colonisation par sinisation accélérée d’une terre annexée de force ».

 

Vient alors à se poser une question légitime: pourquoi donc cette « colonisation » entre autre du Tibet ?

 

Le précieux petit ouvrage de la célèbre collection des PUF apporte un réponse précise qui tient en deux mots: exploitation des richesses. La Chine se livre au Tibet à une « exploitation anarchique des richesses  du sous-sol » et aussi du sol dirons-nous.

 

Ce qui « a poussé le régime maoïste à faire main basse sur le Tibet: en un sens, c’était une assurance anticipée sur son avenir économique ».

 

Claude B. Levenson dénombre « 600 gisements de charbon, d’uranium et de zinc (40 millions de tonnes chacun), de fer (plus d’un milliard de tonnes), sans compter le gaz ni le pétrole pour une valeur estimée à 128 milliards de dollars ».

 

Dans les alentours de Golmud au Qinghai, anciennement la province tibétaine de l’Amdo, les « réserves de pétrole atteindraient 30 milliards de tonnes, de gaz naturel - 300 milliards de mètres cubes, sans oublier les rivières avec des ressources en eau estimées à 238 millions de mètres cubes, plus les énergies solaire et éolienne ».

 

Et certains projets prévoient de détourner là les eaux du Brahmapoutre tibéto-indien au profit du Fleuve Jaune chinois.

 

Rien moins.

 

On comprend dès lors pourquoi les autocrates de Pékin s‘époumonent à répéter à l’envi que « le Tibet appartient à la Chine » !

 

Même si cette exploitation met en danger de façon inconsidérée « les fragiles équilibres écologiques », pollue les eaux et l’air.

 

Ici apparaît au grand jour la stratégie de Pékin qui proteste des bienfaits soi-disant prodigués tant à ses régions autonomes qu’à ses minorités: « Sous couvert d’aide généreuse au développement », le régime chinois procède d’abord à « une occupation subreptice des lieux en installant sur des terres étrangères une partie de son trop plein de population » puis à « la mise en exploitation de ressources appartenant de fait à des groupes ethniques éparpillés et trop peu nombreux pour se défendre, les dépouillant pratiquement des richesses qui devraient assurer leur avenir, sinon leur survie ».

 

La Chine se livre donc bien qu’on le veuille ou non à une « colonisation à bride abattue sous couleur de modernisation et d’ouverture au monde ». Politique, à nos yeux, expansionniste, colonialiste et hégémoniste s’il en fût. Le Communisme chinois serait-il donc un impérialisme ?

 

Si l’auteur ne pose pas cette question, elle y répond néanmoins.

 

Le président Hu Jintao (alias le « boucher de Lhassa » car il dirigea là-bas en son temps une sanglante répression) a rendu sa première visite officielle à l’Inde en novembre 2006. A la veille de son arrivée, l’ambassadeur chinois déclare publiquement à New Delhi que « le Tibet appartenant à la Chine, il allait de soi que l’Arunachal Pradesh … lui revenait de droit. » Et l’on évita de peu l’incident diplomatique.

 

Territoire du nord-est indien, l’Arunachal Pradesh était cédé en 1914 par le Tibet au Raj - l’Inde colonie de l’Impérialisme britannique-, par la Convention de Simla à laquelle la Chine n’était pas partie.

 

Ce qui n’empêche pas Pékin de prétendre à sa souveraineté sur le territoire de cet État de l’Union indienne. Pourquoi se gêner, n’est-ce pas ?

 

« Le régime chinois d’aujourd’hui, anti-impérialiste car communiste prétend asseoir la légitimité de sa présence au Tibet sur une tradition impériale », observe fort justement Claude B. Levenson, « Il s’obstine à n’y voir qu’une « affaire intérieure » dont nul étranger n’a le droit de se mêler, ce qui ne l’empêche pas de réclamer haut et fort le respect du droit à l’autodétermination de tous les peuples, pourvu que cela ne l’affecte pas directement ».

 

Double langage et impérialiste anti-impérialisme, car loin de se contenter de prétentions sur une partie du nord-est indien, la Chine a mis le pied au nord-ouest sur l’Aksai Chin dans l’Himalaya en y construisant « en douce » des routes.

 

Ces « revendications territoriales injustifiées » et autres « empiètements » à l’Est comme à l’Ouest, provoquèrent un « bref conflit armé » entre l’Inde et la Chine en 1962.

 

Mais le grand Timonier n’avait guère caché son jeu pourtant qui en 1949 clamait qu’à ses yeux « le Tibet est la paume de la Chine, le Ladakh, le Népal, le Sikkim, le Bhoutan et la NEFA (actuel Arunachal Pradesh) sont ses cinq doigts ».

 

Or, Pékin est l’aliiée du Pakistan et de la Birmanie (Myanmar). Et New-Delhi « s’inquiète de cette stratégie de tenailles ». On s’en inquiéterait à moins sachant que Pékin qui a fait arriver son train à Lhassa nourrit le projet de le conduire jusqu’à Shigatsé puis à la frontière avec le Népal (tombé ou presque aux mains de Maoïstes) dans un second temps.

 

On comprend dès lors combien la question du Tibet est ultra-sensible et que Pékin à son égard tonne à la patrie en danger.

 

Mais, quoi qu’il en soit, nous dit Claude B. Levenson, « En revendiquant l’autodétermination, voire l’indépendance, le Tibet et les Tibétains ne réclament que leur dû, conformément aux dispositions de la Charte des Nations unies ».

 

A l’Assemblée générale onusienne, une « première résolution est votée le 21 octobre 1959 avec l’appui de Taiwan, exprimant la « grave préoccupation » de l’ONU, mais contre l’avis de l’URSS et de ses amis ».

 

C’est que « la Chine rouge naissante est assurée du soutien agissant » du Grand Frère soviétique.

 

« Une deuxième résolution passe l’année suivante, à la suite des rapports de la Commission internationale des Juristes (CIJ) mais demeure elle aussi sans effet pratique. »

 

En 1964, la CIJ «remet un document intitulé « violations continues des droits de l’homme au Tibet », avec un nouvel appel du dalaï-lama au secrétaire général de l’institution.

 

Le dossier se fonde « sur le rapport secret du panchen-lama », seconde plus haute autorité spirituelle tibétaine, « remis en 1962 à Chou En-lai » et détaille « les exactions commises au Tibet » après le soulèvement de Lhassa.

 

« Une troisième résolution est alors votée par l’Assemblée générale, tout aussi inefficace que les précédentes ».

 

En 1968, « le ministre des affaires étrangères de Thaïlande se hasarde à mentionner « le génocide systématique » des Tibétains par la Chine » sans pour autant « éveiller plus d’écho ».

 

Parmi la dissidence chinoise même, Wei Jingsheng, Harry Wu, Wang Lixiong et Ge Jianxiong ont élevé la voix en faveur du Tibet voire nié tout titre de « propriété » ou de « suzeraineté » de la Chine sur le Tibet.

 

Une stèle érigée à Lhassa, et qui remonte à l’an 822, tôt consacre l’indépendance du Tibet. Peut-on y lire, n’en déplaise à Jean-Luc Mélanchon: « Le Tibet la Chine se maintiendront dans leurs frontières présentes: tout ce qui est à l’orient appartient à la Grande Chine, tout ce qui est au ponant est incontestablement le pays du Grand Tibet. »

 

Sachant qu’il s’agit de la réplique d’une stèle déposée à la frontière entre les deux pays, qui conclut : « Cet accord solennel ouvre une grande époque où les Tibétains seront heureux en terre du Tibet et les Chinois, heureux en terre de Chine ».

 

Les Chinois apportant là une reconnaissance historique indéniable à l’indépendance totale du Tibet vis-à-vis de la Chine.

 

Indépendance totale qu’aucun événement, accord, traité ou autre ne vint remettre en question jusqu’à l’invasion de 1950 pour libérer le Tibet des « impérialistes » qui en étaient absents tout comme les Chinois.

 

Alors « Quelle validité accorder encore aux revendications tapageuses de « propriété » sur un pays voisin et un territoire qui, historiquement, ne font pas partie de l’héritage classique chinois? »

 

Oui, c’est bien là une excellente question, sachant que, de surcroît, « Divers exemples témoignent à l’envi de la tendance à infirmer le fait accompli: la reconstitution de la Pologne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les pays Baltes et d’Europe orientale reprenant leur liberté de choix de société après la chute du Mur de Berlin… »

 

Claude B. Levenson énumère alors la foultitude d’autres exemples que procurent encore « les Balkans » ainsi que « l’indépendance d’une quarantaine micro-Etats, îles du Pacifique ou des Caraïbes » pour « prendre la mesure de l’injustice faite aux Tibétains ».

 

Et quelle « injustice » !

 

Oui, en effet, « en quoi le sort du Tibet devrait-il être différent » ? Surtout «  dans la mesure où s’y pose la question de la légitimité » de la « présence chinoise » que seule la force impose et maintient.

 

« Pieds et poing liés », les Tibétains, « pris dans un engrenage qui les broie » font face à une « mise à sac soigneusement planifiée » de leur « eldorado au rabais des laissés-pour-compte du miracle chinois ».

 

Sachant qu’« Il suffit à un moine tibétain d’avoir dans sa cellule une photo interdite pour être accusé de mettre en danger la sécurité de l’État ».

 

Dès lors, dépossédés de leur souveraineté séculaire et sans prise sur leur propre sort, les Tibétains « n’ont qu’un seul droit, obtempérer en silence ».

 

Il reste peu de la « résistance » qui va s’étendre « avec les actions du Chusi Gangdruk (Quatre Fleuves et Six montagnes) dont le chef campa Gompo Tashi Andrugstang est entré dans la légende ».

 

Cette « résistance » un temps basée au Mustang népalais, soutenue par la CIA, et dont Claude B. Levenson dit trop peu, sera décapitée et décimée sur ordre du dalaï-lama après la reconnaissance du régime de Pékin par Richard Nixon en 1971. Héros rescapés, Lhasang Tsering et Jamyang Norbu, deux intellectuels tibétains de fière allure, peuvent encore en témoigner avec brio tout en continuant de faire profession de foi d’indépendance pour leur Tibet bien-aimé.

 

Cette « résistance » tibétaine même si elle n’existe plus par les armes subsiste pourtant dans les faits avec les trois soulèvements successifs de Lhassa dans les années 1987-1989, puis, aujourd’hui en 2008, vingt ans après, à la veille des Jeux olympiques de Pékin, dans tout le Grand Tibet jusqu’au Gansu, au Sichuan et au Yunnan en ce qui est désormais la Chine et était avant l’invasion, l’Amdo et le Kham.

 

Et c’est la flamme de cet esprit de résistance que le Tibetan Youth Congress ainsi que les vastes actions de soutien à travers le monde comme International Campaign for Tibet ou Free Students for Tibet entretiennent de nos jours pour que le Tibet vive à nouveau libre et indépendant, car, comme le magazine Outlook India le résumait en mars 2008, « la CIJ de Genève avait pourtant conclu que le Tibet, tant du point de vue historique que légal, était une nation indépendante occupée de force par la Chine ».

 

Qu’on se le dise, Monsieur le Mélenchon !

 

Aussi, même s’il a perdu « l’exercice de sa souveraineté », le Tibet, tel qu’il vient à nouveau de le démontrer à la face de la Communauté internationale, n’en n’a point perdu le principe ni encore moins songé un seul instant à « y renoncer ».

 

Rangzen avec Libre Opinion.

 

« Le Tibet », Que Sais-je ?, n°3038, puf, avril 2008, par Claude B. Levenson.

 

Du même auteur : « Tibet: la Question qui dérange », Albin Michel, 2007, « Ainsi parle le dalaï-lama », Balland, 2003, « Tibet: otage de la Chine », P. Piquier, 2002, « Tibet: un peuple en sursis », CHRD-Actes Sud, 2000 et, parmi d’autres, « Le Seigneur du Lotus blanc: le dalaï-lama », Lieu commun, 1987, à lire absolument.



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